Jérémy Gobé, tisseur de liens

Dans un monde marqué par l'urgence écologique, Jérémy Gobé dévoile des créations où l'art est à la fois vecteur de sensibilisation et inspirateur de solutions concrètes. 
Son projet actuel, Corail Artefact, a pour ambition de restaurer les récifs 
coralliens avec de la dentelle.

Sauver les récifs coralliens grâce à de la dentelle ... La technique peut sembler loufoque. Des protocoles scientifiques sont pourtant bien en cours. Et c'est à l'artiste français, Jérémy Gobé, la trentaine prometteuse, que l'on doit cette idée. Pour le rencontrer, je n'ai pas couru les vernissages dans la capitale. Il n'apprécie guère ces mondanités. Et puis il manque de temps, son agenda déborde et son portable est toujours vibrant. Je n'ai pas non plus rejoint son grand atelier d'Ivry-sur-Seine. Finalement, rendez-vous fut donné dans une zone industrielle près de Bourg-en-Bresse, dans une usine de l'entreprise Saint-Gobain Weber, spécialiste des mortiers pour la construction. En résidence, l'artiste y testait alors un enduit pour Anthropocène. Cette œuvre, dont le motif évoque l'aspect d'une espèce de corail - le corail-cerveau de Neptune-, devait être exposée quelques semaines plus tard à Lyon, à la Fondation Bullukian. Drôle d'endroit pour une rencontre l Surtout pour y parler d'art et de nature. Les histoires de Jérémy Gobé n'ont pas fini de nous surprendre ... 

Son intérêt pour le corail est né dans le bric-à-brac d'un centre Emmaüs, en Suisse, quelques années plus tôt. «Quand j'ai vu des squelettes de coraux,je me suis dit qu'ils étaient beaux, telles des œuvres d'art.» Il rencontre alors Isabelle Domart-Coulon, spécialiste de ces organismes marins au Muséum national d'histoire naturelle, pour en savoir plus sur leur biologie. «On aurait dit des sculptures, mais où tout est pensé pour la circulation de l'oxygène. Il n'y a pas d'envie esthétique dans la nature. C'est juste logique, comme la couleur des fleurs pour attirer les pollinisateurs. Etc'est que j'aime : puiser dans cet aspect objectif des choses pour ensuite y imprimer ma subjectivité.» De cette confrontation naît une série d'œuvres portant le nom de «Corail Restauration». Jérémy développe alors des coraux à l'aide de porcelaine ou de dessins, les colore, les inscrit dans un miroir ou un meuble de récupération. Ces créations forment des organismes hybrides, mi-animaux, mi-­objets. En 2013, au Palais de Tokyo, à Paris, un corail rouge prolongé de milliers de chevilles de chantier envahit l'espace de la galerie. Le destin porte ensuite cet artiste vers la dentelle, lui, le natif de Cambrai, passionné par les matières textiles ... L'instant décisif a lieu lors d'une visite chez un fabricant de dentelle en Haute-Loire, la Scop Fontanille. «En voyant le point d'esprit, technique inventée au Puy-en-Velay il y a 450 ans,j'ai immédiatement reconnu la structure d'un squelette de corail vue en dessin.Je savais que les chercheurs en biologie marine cherchaient un support de développement du corail avec trois critères: souplesse, rugosité et transparence. Je savais aussi que le coton était biodégradable dans l'eau. Il fallait essayer d'en faire un matériau pour la régénération des récifs.» 

Soutenu par des rencontres et des partenariats fructueux, emporté par son impatience, sa ténacité et sa force de travail, le projet avance vite. Il faut dire que Jérémy est persuadé que tout est possible. «J'ai ça en moi depuis mon enfance. Sitôt que j'ai une idée,je fais tout pour la mettre en œuvre.» Jérémy conçoit des échantillons de dentelle promis à panser des récifs coralliens abîmés, et, en mars 2018, des essais sont lancés à l'Aquarium tropical du palais de la Porte-Dorée et dans les laboratoires du Muséum national d'histoire naturelle à Paris par une équipe réunie autour d'Isabelle Domart-Coulon. 
Le deuxième acte a lieu plus d'un an plus tard, aux antipodes. C'est dans les Philippines, au large de Palawan, dans les eaux qui bordent la petite île de Pangatalan, que les expérimentations se poursuivent. Cet îlot, acheté par un couple de Français, est devenu une aire marine protégée et une fondation, Sulubaaï, y mène un vaste travail de restauration écologique. L'objectif du voyage? Tester la dentelle dans les conditions du réel, observer les interactions avec la faune et la flore locales, évaluer la capacité du matériau à recruter des larves coralliennes et à régénérer des colonies. Des échantillons sont pour cela immergés sur le récif et des coraux sont bouturés sur la dentelle. Le protocole prévoit aussi de travailler sur des récifs artificiels en béton. 
En parallèle, l'artiste a planché sur la conception d'un béton écologique. «Vous savez que la fabrication du ciment génère 5 % des émissions de gaz à effet de serre sur la planète?» Au printemps 2019, il l'a mis en œuvre, au sens littéral du terme, à la galerie du Dourven posée à l'embouchure de la baie de Lannion, en immergeant dans des aquariums cinq sculptures où des anémones sont venues se fixer.

En moins de deux ans, son travail sur le corail, qui porte le nom de «Corail Artefact», est devenu un projet global et une société - Corail Artefact SAS. «Ce projet, je l'ai rêvé comme une sculpture, dont chaque centimètre carré serait travaillé et cohérent.» Jérémy Gobé développe un programme d'éducation à l'environnement, s'intéresse au plastique biodégradable et aux polymères d'origine végétale, envisage de créer un studio pour partager son expertise sur les matériaux écologiques. «Je suis très étonné que le monde de l'art ne se soit pas plus emparé des questions écologiques. Quand je réalise une œuvre, je n'ai pas à m'interroger sur sa rentabilité. J'ai donc toute liberté pour tester des matériaux plus respectueux de l’environnement, prendre en compte la provenance des ressources. Cela demande juste du temps. Pourtant, peu d'artistes le font.» Lui a cette conscience écologique tissée au corps, un regard scientifique sur la nature et ses cycles biologiques, un intérêt pour les protocoles de recherche. «Cela peut surprendre certains, mais c'est pour moi la vision la plus classique de l'artiste, quelqu'un qui se balade dans divers domaines pour créer. Personne n'est étonné que Vinci ait peint La Joconde, fait des dissections et conçu des machines.»

Après un baccalauréat scientifique, il suit une année d'école d'architecture où une étudiante lui parle des Beaux-Arts. « Je n'en avais jamais entendu parler avant!» Il est d'une famille de militaires, parents gendarmes envoyés en mission à l'étranger et déménagements en France au fil des mutations. «Je dessinais tout le temps. Quand je suis arrivé aux Beaux-Arts à Nancy,j'étais comme Harry Patter à Poudlard ! » Il enchaîne brillamment avec l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, sort diplômé en 2011, collectionne les prix et les résidences. «Je voulais vraiment être artiste.» Jérémy Gobé se défend d'être un artiste «écolo» et militant, ne se reconnaît pas dans un art activiste qui serait uniquement support de messages et négligerait l'esthétique. Tout doit naître des œuvres et l'art reste le moteur de ses projets. 
« La nature est pour moi le plus grand artiste de l'univers. Et c'est une source d'inspiration puissante. Mais un paysage ne va pas me donner envie de travailler avec elle, de m'y confronter.» Une fois, la nature lui a soufflé des œuvres. C'était lors d'une résidence en 2016 dans la baie de Miami où des oiseaux, des iguanes et des feuilles de palmiers géantes lui faisaient peur. La série s'est intitulée« L'imagination de la nature m'effraie». La nature, il essaie d'abord de la comprendre. «Elle me fascine intellectuellement pour son accumulation d'efforts et ses cycles vertueux. Elle me fascine aussi d'un point de vue formel par son côté extrêmement organisé, ce rapport entre fonction et esthétique. C'est aussi pour cela que j'aime l'artisanat et l'industrie.» Jérémy Gobé s'est toujours intéressé aux gestes artisanaux, faisant même des liens entre l'effondrement de la biodiversité et la perte des savoir-faire dans notre société mondialisée. Il est allé à la rencontre des ouvriers dans des usines textiles de l'est de la France en passe de fermer, a travaillé le feutre ou le coton pour témoigner de leurs métiers difficiles. Il faut avoir vu son exposition «Monuments aux mains», récompensée par le prix Bullukian en 2011, composée de magnifiques sculptures textiles. La présidente du jury écrivait à son propos: «Le travail de Jérémy est [ ... ] le reflet exact de sa personnalité: sensible, intelligent, flamboyant, mais modeste, enraciné et profond.» 

Fanny Robin, directrice artistique de la Fondation Bullukian, le suit depuis ses débuts. «C'est un artiste très fédérateur et plein d'énergie qui met en confiance, comprend les gens, les embarque dans ses projets. Il porte des utopies, nous dit: "On va changer le monde!" C'est un art contemporain près du quotidien.» Jérémy est toujours en action, le cerveau en ébullition et en quête d'indépendance. Il va bientôt s'engager dans une thèse sur la question du biomimétisme. « Faire un bâtiment inspiré de la nature, c'est bien. Mais pour moi, le vrai biomimétisme consiste à s'en inspirer pour la préserver, pas seulement pour avoir des objets plus performants. Il s'agit de rendre ses droits à la nature.» 
Corail Artefact va continuer sa route.« Ma vision n'est pas de produire toute la dentelle en France pour l'envoyer par­tout dans le monde, mais d'en développer avec les ressources locales, de créer de l'emploi sur place lorsque la protection du récif passe par des réserves marines et l'interdiction de la pêche. Utiliser pourquoi pas de la fibre de bananier aux Philippines ... » Pourtant l'essence de ses créations n'est pas dans la technique. Elles sont comme des totems, des témoins de chaque rencontre. Elles naissent d'un ravissement de l'œil, d'une transformation de la matière, de la beauté et de la poésie. « Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé, il le continue», écrivait Auguste Rodin. Je n'ai pas trouvé meilleure définition du travail de Jérémy Gobé.

Philippe Vouillon

Terre Sauvage n°370, novembre 2019.

Parler d’art avec Jérémy Gobé

 

Jérémy Gobé est un artiste d’une trentaine d’années qui est passé par l’Ecole Nationale d’Art et de Design de Nancy puis par l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Il est reconnu dans le milieu artistique depuis plusieurs années (il a notamment été finaliste du prix Icart et lauréat du prix Bullukian en 2011) mais il est également connu depuis peu d’un public plus large grâce à un projet artistique écologique qui a suscité de nombreux articles dans des journaux comme Le Monde ou Les Echos. Nous profitons de cet entretien pour l’interroger sur la manière dont il envisage les finalités de l’art, le rôle de l’artiste et la place du spectateur à notre époque.

Orianne Castel : Vous présentez jusqu’au 3 novembre à l’Abbaye de Saint-Florent-Le-Vieil à  Mauges-sur-Loire une version de votre œuvre intitulée La liberté guidant la laine qui synthétise beaucoup d’éléments spécifiques à votre pratique. Pourriez-vous nous la décrire en quelques mots afin d’amorcer notre conversation? 

Jérémy Gobé : La pièce La liberté guidant la laine est une installation réalisée en tricot jacquard. Je me suis intéressé à cette matière lorsque je travaillais sur le corail. La ressemblance visuelle entre la forme de certains coraux et le motif jacquard m’a frappé et m’a donné envie d’apprendre le tricot. J’ai aussitôt acheté une machine à tricoter mais, en me renseignant sur l’histoire de la famille Jacquard, j’ai appris d’une part que la première grève ouvrière française avait eu lieu dans une usine de jacquard et d’autre part qu’il n’existait plus aucune usine de ce type en France car toutes avaient été délocalisées à l’étranger. J’ai également découvert que de nombreux mouvements sociaux ont actuellement lieu dans ces usines installées hors de France, montrant qu’en exportant notre savoir-faire nous avons aussi délocalisé nos luttes sociales. Ce phénomène m’a interpellé et m’a donné envie de donner une plus grande ampleur à mon projet initial. J’ai donc fait en sorte de relancer la production de tricot jacquard sur le site historique de Clamart afin de fabriquer une grande quantité de tissus pour mon installation que je souhaitais monumentale, à la hauteur des enjeux soulevés par cette histoire. Son titre La liberté guidant la laine fait écho à la forme de l’œuvre dans laquelle le tricot est tendu par des tasseaux de bois invisibles qui symbolisent les poings levés et les baïonnettes du célèbre tableau de Delacroix La liberté guidant le peuple.

OC : Ainsi, cette œuvre, éminemment sociale, provient d’un gout pour un matériau, vous avez dit à plusieurs reprises être attaché à la dimension esthétique de cette pièce ; on pourrait vous répondre que l’appréciation de la beauté est relative. Partagez-vous cet avis ou pensez-vous qu’il existe une forme de beauté qui suscite l’adhésion de tous sans que soit nécessaire une certaine sensibilisation ?

JG : Je ne suis pas certain de maîtriser la définition exacte de ces notions mais je dirais que, si la beauté est effectivement relative à chacun, ce questionnement sur ce qu’est la beauté que j’inclus dans mon travail suscite une réflexion sur la beauté qui elle est universelle. En ce qui me concerne, la beauté d’une œuvre réside dans la philosophie du projet qui lui a donné naissance, dans le message dont elle est porteuse, mais il est important qu’elle soit également belle par son aspect. Je prends souvent l’exemple d’un gâteau qui serait présenté au milieu d’autres gâteaux ; certaines personnes vont le choisir parce qu’il est beau, d’autres vont le découper afin de voir les différentes strates qui le constituent et c’est à partir de cette exploration, de cette connaissance, qu’elles vont décider de le choisir. Et il faut être capable de toucher ces deux types de public. L’art, selon moi, est un incessant ping-pong entre l’aspect conceptuel et la dimension esthétique.

OC : Concernant la réception, vous mentionnez l’aspect tactile de votre œuvre. Le philosophe Jacques Rancière affirme que la dimension participative de l’art s’appuie sur une conception biaisée du spectateur présumé passif. Pensez-vous, à l’inverse, qu’il est nécessaire de l’inciter à interagir physiquement avec l’œuvre pour que le choc esthétique opère?

JG : En effet, j’ai à cœur de créer un maximum d’œuvres ouvertes à cette dimension. Toutes les œuvres ne peuvent évidemment pas être offertes au public. Il m’est arrivé de travailler avec un tissu blanc des Vosges dont la fragilité ne permettait pas une approche tactile par exemple mais j’essaie de faire en sorte qu’au moins la moitié de ma production le soit. Je souhaite tout simplement abolir la distance entre l’œuvre et les spectateurs car cette barrière physique participe de la mise à distance d’un certain public fondée cette fois sur des critères sociaux. Donner l’impression que l’œuvre est un trésor, c’est exclure une partie des gens que cette œuvre aurait pu intéresser. Il suffit de voir le nombre de personnes qui n’osent pas entrer dans les galeries en raison du prestige associé à ces lieux. Et puis, autoriser le toucher, c’est aussi militer pour la réhabilitation d’une certaine confiance. Je prends souvent l’exemple d’une fresque de Keith Haring située à Chicago. Elle n’est jamais surveillée et pourrait donc subir des dégradations mais en réalité ce sont les habitants de la ville qui la restaurent eux-mêmes. Cette histoire prouve bien que public est capable de reconnaître et d’apprécier le travail effectué. De même, il est sensible à la qualité des matières que l’artiste lui propose comme la laine qui a des propriétés bénéfiques pour le corps reconnues scientifiquement.

OC : Oui justement, vous revendiquez un certain travail. Cette exigence semble s’appuyer (comme celle de beauté et d’usage de matières familières) sur une volonté d’intéresser un public a priori éloigné de l’art contemporain. Que pensez-vous de la notion, très présente en théorie de l’art, de talent ?

JG : C’est une question complexe. Je dirais que le talent est un avantage du temps mais que, de toutes les façons, le talent n’est rien sans le travail. Le seul vrai talent à mon sens est de croire en soi. Je suis convaincu que toutes les techniques peuvent s’apprendre en s’entourant des bonnes personnes, et je dirais même que le talent réside peut-être dans cette capacité à bien s’entourer. Le talent en termes de maîtrise technique peut être un piège. Trop d’habileté dans un domaine risque d’enfermer l’artiste dans un savoir-faire et l’empêcher de se poser les bonnes questions. Pour moi, les matériaux et techniques employés doivent être déterminés par la philosophie du projet. Je me pose toujours la question « Est-ce que les choix que je fais sont conformes avec l’idée originelle du projet ? ». Il y a, bien sûr, des compromis à faire, des contraintes de temps ou de budget à respecter, mais elles ne doivent pas mener à des décisions qui seraient en contradiction avec le projet initial. Il est nécessaire de ne pas se laisser détourner de la philosophie de départ et c’est la raison pour laquelle, à mon avis, le talent consiste à s’entourer de gens qui partagent un même état d’esprit, des personnes dont la façon de penser fonctionne comme un miroir de notre propre création.

OC : Pour en venir à la philosophie, votre œuvre rend compte de la disparition d’un savoir-faire et dénonce la perte de sens dans les existences des personnes qui le détenaient. Beaucoup d’œuvres actuelles témoignent des mutations de notre époque. Ne craignez-vous pas que l’art d’aujourd’hui transmettre une vision idéalisée de ce qu’a pu être le passé ?

JG : En ce qui me concerne, je ne crois pas parce que précisément je ne suis pas dans une démarche de dénonciation. L’art activiste ne m’intéresse pas. D’une manière générale, je ne pense pas que ce soit le rôle de l’art de dénoncer. Pour moi, il s’agit d’être actif par la création. Dans le domaine artistique, nous avons le luxe de rêver, nous sommes beaucoup moins soumis aux contraintes que les industries ou des entreprises commerciales par exemple. Nous ne sommes pas assujettis aux règles d’efficacité ou de rentabilité. Nous pouvons donc nous permettre de proposer une nouvelle vision, indépendante des réalités qui pèsent sur tous les autres corps de métiers. Cette liberté que possède l’artiste doit être un ressort à l’action et non à la dénonciation. Par ailleurs, je ne crois pas que les choses étaient mieux avant et je ne souhaite en aucun cas mettre en lumière une époque particulière. En revanche, je tiens à faire le lien entre le passé et le présent. Je suis quelqu’un d’optimiste en ce qui concerne l’avenir mais je suis persuadé que, si nous souhaitons que demain soit mieux qu’hier, il faut apprendre du passé. Mon travail ne relève pas de l’idéalisation des époques antérieures ; je veux simplement montrer comment elles peuvent inspirer la société du futur.

OC : En parlant de futur, cette œuvre est également porteuse d’une préoccupation écologique qui se joue dans l’usage de matériaux de récupération issus d’entreprises françaises. De nombreux artistes de votre génération se posent la question de la provenance des matériaux qu’ils utilisent. Ne pensez-vous pas que ces considérations puissent conduire à une « nationalisation » de l’art ?

JG : C’est une question intéressante que j’ouvrirais à une question plus large encore : comment définir une identité ? Je suis jeune mais j’ai l’impression que, sur cette question, notre société s’arrête à la surface du sujet. À mon sens, le chauvinisme d’aujourd’hui correspond à un besoin profond des citoyens de retrouver une identité nationale. Or, il me semble que cette identité ne peut s’éprouver que dans l’altérité. On se construit par adhésion mais aussi par opposition face à la différence. Aujourd’hui, nous mettons en avant notre identité nationale mais nous n’allons pas à la rencontre d’autres cultures qui nous permettraient d’en faire l’expérience au-delà des symboles. Il me semble que nous avons perdu le lien entre le drapeau et les valeurs des Droits de l’Homme dont il est porteur. L’identité française est liée à l’ouverture, et c’est la raison pour laquelle il me semble important de réfléchir simultanément à manger local et à inventer des moyens de transport non polluants pour continuer à aller au contact des autres civilisations. Nous pouvons être fiers de notre pays tout en reconnaissant aux autres pays leurs propres richesses. Ce n’est pas incompatible et je regrette que le débat actuel soit biaisé.

OC : Vous prescrivez un art éthique. Pensez-vous que ce domaine ait les moyens des ambitions que vous lui prêtez ? Êtes-vous certain que cette discipline puisse réparer les injustices sociales ou les dommages faits à la planète ? Ne craignez-vous pas, en lui assignant cette tâche, de la réduire au rôle de palliatif, à une manière esthétique d’accompagner les fins ?

JG : Selon moi, l’art que nous appelons contemporain est l’art de notre époque et, en ce sens, il doit être le reflet de notre temps de la même manière que l’art des époques précédentes illustre les manières de vivre à ces périodes. Dès lors, il me semble impossible de faire fi des problèmes écologiques et sociaux alors même que nous vivons ce changement climatique et que nous avons vu surgir ce mouvement des gilets jaunes. À titre personnel, je trouve que passer à côté de ces enjeux serait une position intenable et c’est la raison pour laquelle j’utilise des matériaux vertueux. Je comprends que la totalité des artistes ne s’engage pas sur ce point parce que le statut d’artiste est généralement précaire et qu’ils sont souvent obligés de pallier au plus urgent c’est-à-dire de matérialiser leur élan créatif. Si le rôle de l’artiste dans la société était mieux défini, sans doute en serait-il autrement mais, dans mon cas, ça n’aurait aucun sens de produire des œuvres sans m’interroger sur la matière qui les constitue et sur la manière de les concevoir. Il ne s’agirait pas d’œuvres à part entière parce qu’il y aurait une rupture de sens entre le fond et la forme. Bien sûr, la notion de vérité en art n’a pas de raison d’être ; l’œuvre peut jouer du registre de la fiction mais le message doit être sincère et, pour être juste, l’œuvre entière doit être en cohérence avec ce message.

Orianne Castel

Art Critique, 25 septembre 2019.

La maison brûle et Jérémy Gobé ne regarde pas ailleurs.

 

Ce plasticien de 32 ans fait dans la dentelle. Pour aider à une meilleure prise de conscience des enjeux écologiques, Jérémy Gobé rapproche éléments naturels menacés, tel le corail, et anciens savoir-faire industriels en voie de disparition.

À l'image de quelques-uns de ses aînés. comme Olafur Eliasson ou Mark Dion. l'artiste français de 32 ans s'intéresse de très près a l'écologie. Dans un fulgurant rapprochement, il aborde le réchauffement climatique comme la question des délocalisations. entremêlant disparition des coraux et perte des savoir-faire industriels. Le plasticien expose ses formes organiques et proliférantes, sculptures sinueuses en tricot qu envahissent l'espace telles des plantes grimpantes, jusqu'au 6 Janvier 2019 au Musée Bargoin, à Clermont-Ferrand. Son travail est également présenté dans «Soft Power», au Transpalette, à Bourges. 
L'art a toujours été un combat pour ce Jeune homme issu d'une famille de militaires. Adolescent cherchant sa voie, Jérémy Gobé avoue sa flamme artistique à sa conseillère d'orientation, qui l'aiguille vers, ... la peinture en bâtiment. D'autres conseils. plus avisés. dirigeront le Jeune bachelier vers l'architecture à l'École Nationale Supérieure d'Art et de design de Nancy, ou il fait ses gammes, trois ans durant, avant de rejoindre Paris et les Arts Déco. Curieux de tout, l'étudiant Gobé s’essaie à toutes les techniques pour finalement se concentrer sur la sculpture textile.
L"art pour l'art, très peu pour lui. Jérémy Gobé, rêveur, reste néanmoins ancré dans la société, influencé par une grand-mère couturière. Il cherche a retrouver le geste de l'artisan. 
Le jacquard, en particulier, n'a rien de désuet à ses yeux. Les hauts fourneaux de sa Lorraine d'origine s'éteignent les uns après les autres, l'économie textile est en perte de vitesse, mais Jérémy Gobé n'a pas l'intention d'oublier cette histoire. Encore étudiant, en 2009, il rapporte des kilomètres de tissus d'une usine de coton à deux doigts de ta fermeture Et décide d'en faire la matière vivante de ses premières sculptures. Les ouvriers étaient attachés à leur emploi, mais aussi à leur savoir-faire, raconte-t-il. Ils se sont dit qu'à travers un jeune artiste leur histoire allait continuer. » Pour lui, pas question de recevoir sans donner en retour «J'ai grandi dans un milieu de travailleurs. Je me devais de réintroduire cette notion de l'effort dans l'art. Si on veut toucher un public large, il faut trouver un langage commun avec les ouvriers, les artisans, les employés. Comprendre ce qu'ils font pour créer un cercle vertueux."' 
Voilà huit ans, un autre objet, moins social qu'écologique, commence à le hanter. Chez Emmaüs, il achète des coraux, s'inspire de leurs formes sinueuses pour ses sculptures. Un choc esthétique, se souvient-il. Les barrières de coraux, apprend-il alors, contiennent 25 % de la biodiversité marine et servent de rempart aux tsunamis. Elles sont aussi importantes pour les océans que la forêt amazonienne pour notre oxygène et subissent, elles aussi, l'effet du réchauffement climatique et de la pollution, qui précipite leur extinction. Dans le cerveau de Jérémy Gobé, les données se télescopent, l'état du corail et celui du tissu industriel français réclament le même secours. Lui vient alors l'idée du projet «Corail Artefact» sauver les coraux- et la planète ! - avec de la dentelle, dont le point ressemble bigrement.. au squelette du corail. 
Farfelu? Pas pour les scientifiques. Isabelle Domart-Coulon, chercheuse au Muséum national d'histoire naturelle, prend le projet au sérieux. Depuis trente ans, les biologistes marins expérimentent béton et cages d'acier comme tuteurs pour favoriser les boutures de corail. En vain. Alors, pourquoi ne pas utiliser la dentelle, suffisamment rugueuse pour soute­nir l'accroche, assez transparente pour faciliter la photosynthèse et dont le biomimétisme avec le corail est criant ? Avec cette idée délicate que le corail aimerai se développer sur ce qui lui ressemble. L'hypothèse est plausible. Et le temps presse. Gobé se rapproche de la Scop Fontanille, au Puy en Velay, qui a évité la fermeture grâce au volontarisme de ses salariés. Ensemble, ouvriers et scientifiques réfléchissent aux modalités de création de cette dentelle révolutionnaire. Jérémy Gobé, lui, double cette folle aventure scientifique avec son intuition artistique.

Le jeune homme n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Avec sa galeriste, Odile Ouizeman, il a monté un fonds de dotation pour que ses collectionneurs participent à ses projets. Avec l'idée, à terme, de soutenir d'autres initiatives mêlant art et sciences "Quoi qu'il arrive, espère l'artiste, on a sensibilisé les gens, crée une dynamique et même des emplois. On peut se dire qu'on a planté une graine qui donnera d'autres fruits."

 

Roxana Azimi

M, le magazine du Monde, 25 décembre 2018.

Terra di seta

 

Jérémy Gobé est un sculpteur funambule et notre chance est de le suivre sur son fil délicat : l'exposition de ses œuvres qui se tient actuellement au Filatoio Rosso de Caraglio, Terra di Seta vient à propos réaffirmer ce lien que le jeune artiste entretient avec le fil - il sera de soie ici, bien sur - et ses extensions matiéristes.

L'endroit, une ancienne manufacture de production industrielle de la soie, devenu il y a quelques décennies un musée et un centre d'art, est imposant avec son architecture robuste et séculaire ; c'est aussi un lieu chargé d'histoire, la grande et les petites, celles de ces hommes et femmes, ouvriers et ouvrières de la filature de Caraglio.

Les installations de Jérémy Gobé s'inscrivent très naturellement dans ce lieu « aux murs murmurants » : déjà, sa Liberté guidant la laine, œuvre désormais pérenne au Filatoio faisait résonner les luttes … rouge, poings et mains liés, levés, magnifiés par la magie d'une tapisserie géante et tentaculaire, véritable monument à la gloire du travail des hommes de mains et de rêves, les ouvriers et les artistes.

D'entrée, la vidéo Navette donne le la : les lignes, le rythme des lumières, les jeux d'ombre, la vitesse des passages de cette navette, celle du métier à tisser, se muent en de vertigineuses abstractions. Métaphore filée certes, de ce qu'est l'art et ses manières à travers la nature et ses matières, confiteor de l'artiste revendiquant les métamorphoses les plus précieuses pour engager le spectateur à réfléchir et à méditer sur le temps qui passe et la condition humaine. Pour preuve sa Torsion produites par l'extrême enroulement de 40 mètres de rideaux de soie, soit le parcours de l’exposition. Y voir alors, selon le point de vue, les chevelures soyeuses des blondes Vénus anadyomènes ou la musculature désespérément contractée de quelques Lacoon et autres Esclaves de l'histoire de l'art …

400 000 cocons retiendra particulièrement le visiteur : 400 000 cocons fragilement disposés pour ce monument à la soie, un hymne à la joie de vivre en quelque sorte, joie de voir et de rêver. On sait que le fil dévidé du cocon mesure environ 1000 mètres, l'artiste dispose donc de 400 000 kilomètres de fil de soie, ceux-là dont il avait précisément besoin pour nous faire parcourir la distance de la terre à la lune.

Eurêka est une suite qui reprend la théorie des Solides de Platon : cinq polyèdres « parfaits »- symbolisent les cinq éléments (Feu, Air, Eau, Terre et Univers), essence et origine de toutes choses selon le philosophe. Chacune des pièces est ici présentée enveloppée et drapée de soie, comme en suspend entre ciel et terre, disons entre sol et plafond : fiction géométrique ou tension de l’oxymore,  qui trancherait ? Car sous ces robes lascives, la certitude des angles s’émousse… Ainsi ne pas « faire la part des choses » pour mieux tenter l’équilibre et la beauté, N’est-ce pas à de tels possibles que nous convient ces formes dans l’espace ?

Pas à pas, tout doucement sur le fil, nous répondrons à l'invitation : rêve et réalité en balance, nous marchons sur l'épaisseur ténue du jour.

 

Sabine Barbé

Texte de l'exposition "TERRA DI SETA"

 

 

 

Atom Dance

 

"Restlessly turning around and around

I am dancing towards transformation."

Björk – Atom Dance (2015).

 

« Car rien ne se crée, ni dans les opérations de l’art, ni dans celles de la nature, et l’on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une égale quantité de matière avant et après l’opération ; que la qualité et la quantité des principes est la même, et qu’il n’y a que des changements, des modifications. »[1] Dans la nature, la matière vivante est en perpétuelle transformation. Qu’elle soit minérale, organique, végétale, elle croît, se meut, décline, s’hybride, mute, renaît. Les mouvements de la nature engendrent une expérience du sublime. Mêlée de fascination, d’impuissance et de crainte, l’expérience du sublime est à la fois intense (parce que ce que nous voyons nous dépasse d’un point de vue physique, esthétique ou moral) et ambiguë (parce qu’elle nous renvoie à notre condition humaine et mortelle). L’Homme cherche à rivaliser avec ces mouvements, ces constructions et ces systèmes naturels. La maxime de Lavoisier et la notion du sublime trouvent un écho significatif dans l’œuvre de Jérémy Gobé. La nature représente en effet un pôle de fascination dans son œuvre sculptée et dessinée. Puisqu’elle a horreur du vide, elle met en place différentes stratégies pour se déployer, coloniser et transformer non seulement la matière, mais aussi l’espace. Jérémy Gobé s’empare de ces dispositifs en choisissant des matériaux et des gestuelles précises. Ainsi, la matière, naturelle ou artificielle, est constamment soumise au mouvement et à un changement d’état. Les œuvres ouvrent des passages entre différents territoires puisque Jérémy Gobé jongle aussi bien avec les sciences (mathématique, chimie, physique, biologie), les savoir-faire spécifiques (artisanal et industriel) et la sociologie. La liberté guidant la laine est une installation in situ réalisée en collaboration avec l’atelier Maille Emma (Clamart). Une enveloppe de laine rouge et blanche entièrement tricotée se saisit de l’espace d’exposition qui adopte un nouveau visage. Recouverte d’un motif, celui d’une croix rouge encadrée d’un carré blanc, elle nous apparaît comme une entité mutante et mouvante qui se déploie d’une manière tentaculaire le long des murs. Sous l’enveloppe, d’autres entités tentent de s’extraire et dessinent la matière tricotée.

Les sculptures proviennent en partie de la rencontre avec un objet domestique : un bureau de travail, un meuble déglingué trouvé sur le chemin de l’atelier, une chaise, un miroir, un guéridon ou encore une porte. Les objets en bois, abîmés et abandonnés, sont récoltés dans son environnement direct, il ne les cherche pas précisément, ils lui parviennent. Un long travail d’appropriation de ces meubles et de ces objets accidentés se met en place. Avec la volonté de « secourir la matière », Jérémy Gobé les fait cohabiter avec un matériau qui leur est étranger : de la laine, des coraux, du plâtre, des chevilles en plastique, de la porcelaine, du feutre, du béton. Ils retiennent son attention pour leurs qualités plastiques, leur malléabilité, mais aussi leur histoire. Ils peuvent être le vecteur de rencontres singulières. Soucieux de l’évanouissement du secteur industriel et artisanal en France, l’artiste va à la rencontre d’ouvriers dont les entreprises ont fermé. Il tisse ainsi des liens avec des hommes et des femmes abîmés par la violence de ces fermetures. Des individus qui, pour la plupart, ont consacré leur vie à leur travail. Il attache un intérêt particulier à l’industrie textile et récolte, d’usine en usine, les ruines de son activité passée. Des chutes de tissus et des bobines de fil qui portent une histoire, un traumatisme partagé. Les matériaux (de la laine, du feutre, du coton) sont agrégés aux meubles et aux objets eux aussi récupérés. La matière s’installe comme un champignon agissant à la fois comme un pansement ou une maladie. Jérémy Gobé se joue des dichotomies en donnant patiemment forme à des corps inédits, beaux et monstrueux. Les greffes résultent d’un protocole gestuel où la répétition et l’épuisement sont de rigueur. Il plie, pique, enroule, noue les matériaux textiles pendant des mois, voire des années. La répétition des gestes est profondément inscrite dans le contexte du monde ouvrier auquel il fabrique une mémoire transcendée. Les sculptures et des dessins sont les fruits de processus laborieux guidés par une vision esthétique, poétique et politique. En portant secours aux objets et aux matériaux textiles dont la production est stoppée, Jérémy Gobé soigne et répare une mémoire individuelle et collective, privée et publique. Il surpasse la blessure et l’abandon pour donner vie à de nouvelles entités, captivantes et étranges, régies par un élan vital.

 

[1] LAVOISIER, Antoine. Traité Elémentaire de Chimie, 1789.

 

Julie Crenn

Texte de l'exposition "Atom dance", solo show galerie odile Ouizeman, Novembre 2016

 

A day's pleasure

Dans une relative obscurité, il y a cette chaise et elle est seule. Car c’est elle, cette fois-ci, qui a eu raison de celui qui en envisageait l’usage. Chaplin, en d’autres temps, s’en serait débarrassé en la passant par dessus bord à l’occasion du film A Day’s Pleasure. Mais qui ne s’est jamais acharné contre une chaise longue pliante dont on ne saisira jamais véritablement le confort d’utilisation ? L’artiste français Jérémy Gobé, en collaboration avec Christian Laroche, a donc décidé d’en accepter les caprices en la libérant enfin de ses possibles utilisatrices ou utilisateurs obstinés. Enfin seule, elle performe sous la lumière qui la magnifie. Quand le silence n’est rompu que par les sons inhérents à ses mouvements de balancier. Sans humain aucun, elle a perdu sa valeur d’usage au moment précisément où elle a fait œuvre de son autonomie. Libérée des poids qui la contraignaient, elle semble même échapper à toute forme de gravité. L’extrême souplesse de ses ondulations répondant aux contrepoids machiniques qui l’animent. Quand elle n‘est plus que légèreté et souplesse. Et que le tissu de ses voiles claque au vent de ses déplacements qui nous apparaissent totalement imprévisibles. Sa non prédictibilité constituant la qualité essentielle que jamais elle n’aura perdu. Ce qui, le temps d’une scène, exaspéra au plus haut point le personnage de Chaplin, aujourd’hui fait donc œuvre. Les temps modernes étant aussi ceux de la libération des objets qui, sans cesse, s’autonomisent davantage. Au risque, parfois, de nous exaspérer encore quand ils finissent par nous contraindre. A moins de renoncer comme le fait Chaplin en 1919, de se déconnecter si tant est qu’on puisse encore le faire. Et c’est peut-être là la part critique de l’œuvre robotique de Jérémy Gobé qui nous incite au lâcher prise que redoutent les entreprises de la prédictibilité. La chaise longue qui performera pendant la Nuit Blanche 2016 n’étant ni maître ni esclave.

 

Dominique Moulon

Media Art Design Blog

 

 

Meet the Artist
Sculpteur de la mémoire

 

Vivre, écouter, ressentir pour Iaisser naitre une idée et la matérialiser. Voici I'oeuvre de Jérémy Gobé, cet artiste de trente ans qui se définit lui-même comme sculpteur. En effet, Jérémy modèle ses idées et à travers la laine, le tissu, le plâtre, Ie corail ou encore une image numérique, quelque chose envahit l'espace, s’impose et se révèle au spectateur. En tension sur un meuble ancien patiné par Ie temps, donné ou trouvé entre deux allées d'un dépôt Emmaus, une forme textile apparait, et révèle le caractère poétique de l’objet délaissé. Une chaise disparait et Charlie Chaplin façonne le vide en chorégraphe. Un motif jacquard Iaisse transparaitre les pans tragiques de l’histoire industrielle.
Jérémy découvre puis dévoile en conquérant l’espace par la matière. Son art est instinctif. "L’adaptabilité est le propre de l’artiste" dit-il, et c’est en artiste qu’il mène ses créations, des oeuvres polymorphes qu’il ne cesse de décliner. Au début, le corail est un fragment mort qui reprend vie, puis il naît de la main de l’homme à partir de formes géométriques, peut-être deviendra-t-il une sculpture vivante ? Il faudra vivre et l’expérimenter.
En effet, Jérémy évolue au sein d’un protocole : "ll y a dans la science beaucoup de créativité" confit-il, il est vrai que les expériences se succèdent dans son travail, tout comme les dessins qui, à la manière des formules mathématiques, permettent de saisir en un regard ses idées.
La création ne cesse jamais dans cette lutte permanente qu’il mène contre les automatismes. Les oeuvres voient le jour au sein de son atelier, avant de suivre leur propre cours, et de tisser des liens avec les personnes qui les croiseront dans d’autres lieux.​

Cannelle Peulot
Atelier 27, en partenariat avec DRM Galerie

Le monde selon Jérémy gobé


L'artiste est l'illustration parfaite d'une nouvelle approche de l'art contemporain qui investit le champ des savoir-faire auxquels il redonne une certaine poésie.

(...) Chez Jérémy, tout part d'une rencontre et d'une histoire qui l'amènent à créer une oeuvre témoin. Il glane des objets ici ou là - des meubles, des miroirs, des chaises, des coraux - qu'il métamorphose par l'ajout de vêtements, de porcelaine, de tissus, de chevilles de chantier, de tricot ... Les seuls mots d'ordre sont la découverte et le hasard. Il ne se définit donc pas par un médium, mais plutôt par cette envie de transmettre, de s'intéresser à des techniques et à des savoir-faire en voie de disparition. Alors étudiant aux beaux arts de Nancy, il découvre un jour des mètres de feutre produits par une usine en cessation d'activité. Jérémy est touché, curieux aussi de connaître par lui-même cette terrible détresse sociale associée à la fermeture d'usines habituelement relayée par les médias. Alors, il va à la rencontre des ouvriers qui sont surpris de l'interêt de ce jeune homme qui n'est ni journaliste, ni homme politique. Ces derniers lui montrent les machines, les gestes et lui offrent les chutes de feutres qui n'auront plus aucune destination. Et voilà que Jérémy les coud, reproduit les gestes, traite ces feutres comme des peaux, des reliques et qu'ils deviennent ce Monument aux mains comme il l'a baptisé. Il ne faudrait pas y percevoir une quelconque nostalgie, car "les choses ne peuvent se perpétuer sans changement". Il rend hommage. "Je prends un savoir-faire oublié pour le remettre en jeu avec de nouvelles questions." Il redonne vie à des artefacts abandonnés.

"Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? "

C'est ainsi qu'ils soigne l'âme de ces objets inanimés, qu'il répare et panse les plaies de ces meubles délaissés pour créer des "Harmonies poétiques", pour paraphraser Lamartine. Il les recouvre partiellement avec la même obsession brute qu'une Judith Scott qui, elle, enroule son fil de laine autour d'objets de son quotidien comme pour créer des cocons desquels pourraient renaître quelques espoirs. Jérémy, lui, ne cache pas. Il crée des structures hybrides inspirées de formes organiques, enroule des tissus qu'il plie et retient avec des aiguilles, le tout entre force et tension. Ce travail répétitif libère la pensée et laisse la main prendre le contrôle. L'oeuvre devient comme un arrêt sur image figeant un processus de prolifération qui serait infini, lent et inexorable. Les oxymores se bousculent pour parler de son travail : force fragile, délicatesse puissante, monumentale légèreté, fluidité massive ... Finalement, autant de tentatives pour décrire l'artiste lui-même, à la carrure de joueur de rugby adoucie par ce regard naif de l'enfant qui croit à l'impossible. Il recherche le dépassement - "C'est ça qui est jouissif, frôler les limites de l'acceptable" - et le défi du sportif qui produit un effort physique notoire. De la même manière, "il faut que l'on sente la sueur, l'effort, que l'on se pose la question du nombre d'heures passées ou du nombre d'épingles utilisées !", s'amuse-t- il pour l'anecdote, sans pour autant rechercher la prouesse technique. On reste fasciné face à un tel spectacke, à en avoir le tournis. Il lui arrive de friser la démesure, comme cela a été le cas pour l'installation Corail Restauration, exposée au Palais de Tokyo en 2012, où il prolonge les contours d'un corail rouge avec plus de 300 000 chevilles de chantier, ou encore avec La Liberté guidant la laine, présentée à Miami, envahissant une salle entière de tricot avec un motif Jacquard. Mais jérémy reste en alerte pour éviter l'écueil de la facilité et de la séduction, des automatismes et de l'autosatisfaction. "Plus le temps passe, plus j'aimerais que chaque oeuvre n'ait pas un centimètre carré qui ne soit pas pensé, qui ne soit pas un choix. Tendre vers quelque chose d'extrêmement réfléchi tout en préservant l'instinct". Réussir à faire cohabiter l'ambiguité et le paradoxe. "La beauté est importante, mais elle ne doit pas être une fin en soi. Je veux qu'ily ait un ravissement de l'oeuil pour que dans un deuxième temps le spectateur se pose la question de ce qu'il y a derrière." Les titres des oeuvres sont autant d'indices et de clés de lecture : Prison de force vive - Porte. Tissu des Vosges offert par les employés d'une usine textile fermée aujourd'hui et meubles cassés; Quatre Chairs, Mémé. Vêtements Emmaus et chaises trouvées dans la rue; L'adresse. Chutes de feutre offertes par les employés d'une usine fermée aujourd'hui. Jérémy Gobé, artiste engagé ? D'une certaine manière, oui : "Je pense qu'il faut une éthique et être guidé par l'idée. Ensuite, je ne ferai jamais une oeuvre avec un message direct car le plus important est de montrer la manière dont l'oeuvre est née, produite".Il faut lire entre les lignes et ne pas s'arrêter à l'illusion de la surface, à la sensation de la matière ... Jérémy redonne une valeur à " l'intelligence de la main".

Stéphanie Pioda
La Gazette Drouot, avril 2016


Histoires d'objets


Au moment de s’approprier des objets détachés de leur fonction première (une table, un miroir,ou une porte...), Jérémy Gobé n’a pas de projet sculptural précis en tête. Il récupère simplement des matériaux auxquels il pense pouvoir redonner un nouveau sens en les transformant,en les recouvrant, et en les prenant comme point de départ d’une nouvelle histoire à inventer. La dimension sociale du travail de Jérémy Gobé est déterminante : des rencontres sont très souvent à l’origine du choix des objets, des matériaux, et des techniques. Le motif de la discussion et la nature de l’échange ont des incidences sur la production de l’oeuvre construite autour de la relation. [...]
L’excroissance sculptée sur l’objet prend une forme organique. Le spectateur n’a quasiment aucun indice pour comprendre le savant équilibre qui permet de la faire tenir. Fruit d’un laborieux et patient travail, la mise en forme du matériau s’inscrit dans une temporalité longue rythmée par des gestes répétitifs. Devenu sculpture,l’objet abandonné suscite de nouveau l’intérêt du regard, exerce un pouvoir d’attraction, et provoque des réactions. Le caractère utilitaire de chaque chose s’efface au profit de constructions sans début ni fin, échappant à toute définition technique, et dont on ne peut pas réélaborer mentalement la structure labyrinthique.


Gwilherm Perthuis
Critique d’art, rédacteur en chef du journal et dela revue Hippocampe

Corail Restauration


Le travail humain et les gestes qu'il instaure sont le point commun à toutes les créations de Jérémy Gobé. L’artiste prolonge souvent des éléments naturels – oursins, papillons, coraux – par des biais manuels – tricot, dessin, sculpture – afin de créer des objets hybrides et pleins de poésie. Ses projets commencent à partir de rencontres multiples et fortuites, ses œuvres prenant forme en fonction de ce qu’il trouve sur son chemin, tissus abandonnés ou objets trouvés, auxquels il (re)donne une certaine noblesse.

Corail, restauration est un projet de longue haleine aux multiples occurrences, dans le cadre duquel Jérémy Gobé travaille à partir de coraux. Pour Meltem, l’artiste imagine un morceau de corail rouge qui, aidé de chevilles de chantier de la même couleur, devient un organisme envahissant l’espace de la Galerie Haute. Cette prolifération mêlant substances naturelles et manufacturées apparait comme une menace dans l’exposition, un envahissement du vivant, partant d’une table en bois pour finir son parcours sur des dalles de marbre gris.


Catherine Strasser et Daria de Beauvais
Comissaires de l'exposition Meltem au Palais de Tokyo,

Mars 2013

 

Ce qu’il reste après la faillite


Ici la faillite a eu lieu. Ici c’est Mouzon. Le lieu est important, l’adresse est importante. Il faut localiser avant d’écouter parler. A Mouzon, dans les Ardennes, il y avait une usine qui fabriquait du feutre. En grande quantité car on peut tout faire avec du feutre. C’est une voix, à peine articulée parfois, qui dit cela. Le visage vient après la voix et après les images de l’usine désormais à l’abandon, où murs craquelés rivalisent avec fenêtres cassées, machines en somme, et souvenirs de matière douce. 
Ce qui a fait faillite, à cause d’une délocalisation apprend-on à demi mot, c’est un savoir faire, une culture ouvrière, mais aussi un certain rapport paternaliste entre ouvriers et patrons, une façon de travailler et de vivre le travail. Faillite au sens, ça a craqué, comme Fitzgerald hier, ça a craqué et si l’espoir fait vivre, vivent les souvenirs dit celui qui témoigne. On dit chute de feutre, et quel que soit ce qui est sculpté à partir de cela, qui poursuit la matière et tricote un temps continu, on observe donc, quelque chose qui est tombé de quelque part.


Marie Richeux
Pas la peine de crier, site de France Culture

 

 

Les tissus vivants de Jérémy Gobé


Organiques, harmonieuses et méticuleuses à la fois, les sculptures de Jérémy Gobé font renaître la matière. Né en 1986, ce jeune artiste, diplômé de l’École des Arts Décoratifs de Paris, a remporté plusieurs prix en 2011 dont celui de la Fondation Bullukian. Cette récompense lui ouvre les portes de sa première exposition personnelle, intitulée Monument aux Mains, à la fondation lyonnaise.


Le travail de Jérémy Gobé se met en place suivant un processus de vie, à la fois humain et matériel. En effet, ses créations naissent au gré des rencontres qu’il fait, durant lesquelles il capte une histoire pour la raconter autrement ou retient une matière pour la faire revivre. Cette démarche, tournant autour de l’objet récupéré et de l’autre, se double souvent d’un apprentissage d’une technique, qui le pousse à remettre sans cesse en cause sa propre pratique. À travers une œuvre principalement textile, il manipule, sculpte, sublime le tissu afin de lui redonner une certaine noblesse. Telle est l’ambition de l’exposition Monument aux Mains.

Un tissage commun

Durant sa résidence à la fondation, l’artiste est allé à la rencontre des habitants, des ouvriers d’usines de textiles et est parti à la recherche de l’objet à révéler. Aux termes de ce vagabondage, il a confectionné un écrin de tissu pour ses trouvailles et y a greffé, parfois, l’histoire des gens comme avec la pièce La promesse. La sculpture, faite de fils blancs, serpente au sol de part et d’autre du mur. Ses tiges, de formes irrégulières et organiques, laissent échapper aux extrémités des couleurs et des matières différentes. Cette sous-couche est l’essence de l’œuvre et renferme des habits donnés par des Lyonnais à l’artiste, en vue de les réanimer. Dans sa nouvelle enveloppe, le tissu ondule mais conserve sa mémoire, tandis qu’il ressemble à une excroissance dans l’œuvre Miroir. L’artiste décide de s’approprier l’objet, découvert dans l’atelier de la fondation, et de le prolonger grâce à un assemblage minutieux de tissu, provenant des usines les Vosges. Sorte d’hommage aux anciens employés, la pièce devient la manifestation d’un métier artisanal complexe. La fluidité des lignes confère un aspect soyeux, malgré le côté abrasif propre à cette matière, que l’on retrouve dans la sculpture Quatre mains. Cette création résulte d’un échange avec l’artiste Simone Pheuplin, d’où le titre de l’œuvre. Fasciné par le travail de cette dernière, Jérémy Gobé va terminer l’une de ses sculptures. Le résultat offre un paysage abstrait fait d’arrondis et de vagues, devenant témoin de l’hybridation des deux méthodes artistiques.
Corail d’habits, prolifération sur bois ou excroissance miroitante, le tissu apparaît vivant et crée une atmosphère presque marine. Sans jamais le dénaturer, Jérémy Gobé fait de cette matière un lien entre le passé et le présent à travers une exposition où l’esthétique de la fibre crée une expérience visuelle nouvelle.

Charline Corubolo
Hétéroclite, février 2013

 

Les plis du temps et du vivant


Selon l’humeur, le point de vue, la distance, la grande Porte de Jérémy Gobé, méandre de tissus plissés, enroulés sur eux-mêmes et accrochés à une vieille porte, peut apparaître comme une œuvre simplement esthétique ou un peu monstrueuse, mouvante, inquiétante. Les mêmes sensations ambigües naissent à la vue de ses enroulements de tissu débordant d’un miroir. Il y a manifestement quelque chose d’organique et d’étrange dans ces "sculptures" du jeune artiste (né en 1986 à Cambrai, résidant à Paris et lauréat du prix bisannuel Bullukian 2011), derrière leur aspect d’abord un peu décoratif et "bien léché". Ailleurs, les œuvres vont jusqu’à proliférer au sol, enfermant dans leurs cocons de laine quelques vêtements chargés de symboles, donnés par des Lyonnais. Ou à se poursuivre en dessins que l’artiste réalise après ses sculptures, afin de réfléchir encore à leurs formes bizarres, les prolonger ailleurs peut-être…
Dans son travail, Jérémy Gobé redonne vie à des matériaux (chutes de tissus), à des mémoires (celles de sa famille ou celles de personnes rencontrées), à des histoires, tristes parfois, comme celles de fermetures d’usines textiles. On le voit ainsi, sur une vidéo, exécuter une performance devant l'une d'elles, tordant au maximum des bandes de tissu de trente mètres de long qui deviendront à la fin une sculpture disgracieuse et endolorie. Redonner vie passe aussi pour lui par des rencontres avec des ouvriers licenciés, des anonymes ou d’autres artistes, comme pour cette pièce réalisée à partir d’un travail inachevé de Simone Pheulpin.
Un art du prolongement qui résonne avec ces mots de Beckett : «Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer».


Jean Emmanuel Denave
Le petit Bulletin n°696

 

 

 

Grain de sel


Jérémy Gobé n’est pas un artiste comme les autres. Il suffit de croiser le travail du lauréat du prix Bullukian 2011, âgé de 26 ans, pour être frappé par le talent vertigineux et l’humanité qui s’en dégagent.
Intitulée Monument aux mains, sa première exposition personnelle révèle une vision altruiste de l’art.
“Je veux donner. Je veux échanger, rencontrer, transmettre”, dit-il simplement.
Pour ce faire, il récupère des objets anciens auxquels il donne une nouvelle vie  grâce à l’ajout de matière textile. Ainsi, sur un miroir ovale, il a drapé et plissé minutieusement - en hommage à ses employés - la toile écrue trouvée dans une usine des Vosges désormais fermée. L’ensemble tient miraculeusement en équilibre. Plus loin, ses spirales et tourbillons bicolores ont transformé le devant d’une porte en sculpture monumentale.
Mais c’est sa rencontre avec l’artiste textile Simone Pheulpin, née en 1941, qui est à l’origine de l’une des sculptures les plus émouvantes de l’exposition. Elle lui a offert une pièce qu’elle ne pouvait terminer, il l’a ourlée de délicatesse, et leurs plissés se sont répondus pour former un seul et même un paysage immaculé. Extraordinaire.
Dans un autre registre, le plasticien développe un projet de sculptures à partir de vêtements donnés par des Lyonnais. Enfermés dans un cocon “tissé” par l’artiste, chacun devient une œuvre unique habitée de mémoire.
Jamais décoratifs, les objets sublimés avec rigueur par ce fils de militaire racontent tous une
histoire. En érigeant ce Monument aux mains, il a définitivement choisi son camp : celui de la liberté et de la poésie

Blandine Dauvilaire
Grain de sel

 

 

Au 104, Carte blanche à de jeunes artistes


Ce jeune artiste a recouvert des éléments du CENTQUATRE de laine, mais s’est aussi attaqué à des meubles Emmaüs. En tricotant des laines très colorées et vives, il redonne vie à la matière, tout en faisant tenir debout ces vieux objets délabrés. Des chaises, de vieux garde-manger aux portes grandes ouvertes deviennent des objets enfantins et merveilleux, distillent une joie simple et naturelle. Dans son clin d’oeil à Delacroix, La Liberté Guidant La Laine, les murs sont recouverts d’un motif jacquard rouge et blanc, dont surgissent des pics et des angles inattendus.

Ces formes agressives rendant d’autant plus étonnant l’effet de bien-être provenant de cette pièce en forme de corail. En entrant, un sentiment de confort nous envahit, la salle est plus chaleureuse que les autres, plus chaude aussi. La laine a également insonorisé l’endroit, coupant le spectateur des bruits de soufflerie qu’on distingue dans les autres pièces. Jérémy Gobé nous explique que ce silence était voulu, il nous rappelle les œuvres de Joseph Beuys, qui recouvre ses œuvres de feutre insonorisant. Cela ajoute à l’effet réconfortant, d’autant plus étonnant que la forme de la pièce est très agressive.

Jérémy Gobé s’est en fait inspiré de ses précédents travaux à base de coraux : trouvant quelque chose de très fort dans cet objet, il a voulu en faire une œuvre d’art. Une certaine nostalgie se ressent dans la volonté de l’artiste de rendre vivant ce motif jacquard des années 70, mais aussi un esprit militant lorsqu’il s’allie à des usines sur le point de fermer pour réaliser ses travaux.


La langue acide
billet du 23 avril 2014


 

Jérémy Gobé, link weaver

In a world marked by ecological urgency, Jérémy Gobé unveils creations where art is both a vehicle for awareness and a source of concrete solutions. His current project, Coral Artefact, aims to restore the reefs coral with lace.

Save the coral reefs with lace ... The technique can seem crazy. Scientific protocols are well under way. And it is to the French artist, Jérémy Gobé, the promising thirty, that we owe this idea. To meet him, I did not run the vernissages in the capital. He does not appreciate these worldly things. And then he is short of time, his agenda is overflowing and his mobile is still vibrant. I did not join his large workshop in Ivry-sur-Seine. Finally, an appointment was given in an industrial area near Bourg-en-Bresse, in a factory of the company Saint-Gobain Weber, mortar specialist for construction. In residence, the artist was testing a coating for Anthropocene. This work, whose motif evokes the appearance of a species of coral - Neptune's coral-brain - was to be exhibited a few weeks later in Lyon, at the Bullukian Foundation. Funny place for a meeting l Especially to talk about art and nature. The stories of Jérémy Gobé have not finished surprising us ...

His interest in coral was born in the junk of an Emmaus center in Switzerland a few years earlier. "When I saw skeletons of corals, I thought they were beautiful, like works of art." He then meets Isabelle Domart-Coulon, a specialist in these marine organisms at the National Museum of Natural History, to learn more about their biology. "It looked like sculptures, but where everything is thought for the circulation of oxygen. There is no aesthetic desire in nature. It's just logical, like the color of flowers to attract pollinators. And that's what I like: tap into this objective aspect of things and then print my subjectivity. "From this confrontation comes a series of works bearing the name" Restoration Coral ". Jérémy then develops corals using porcelain or drawings, colors them, inscribes them in a mirror or a piece of furniture. These creations form hybrid organisms, half-animals, half-objects. In 2013, at the Palais de Tokyo, in Paris, an extended red coral of thousands of anchors invades the space of the gallery. Destiny then takes this artist to lace, he, the native of Cambrai, passionate about textile materials ... The decisive moment takes place during a visit to a manufacturer of lace in Haute-Loire, Scop Fontanille. "Seeing the point of mind, a technique invented in Puy-en-Velay 450 years ago, I immediately recognized the structure of a coral skeleton seen in drawing. I knew that marine biology researchers were looking for a Coral development support with three criteria: flexibility, roughness and transparency. I also knew that cotton was biodegradable in water. We had to try to make it a material for the regeneration of the reefs. "

Supported by successful meetings and partnerships, driven by his impatience, tenacity and hard work, the project is moving fast. It must be said that Jeremy is convinced that anything is possible. "I have this in me since my childhood. As soon as I have an idea, I'm doing everything I can to implement it. "Jérémy is designing samples of the lace promised to heal damaged coral reefs, and in March 2018, trials are launched at the Tropical Aquarium of the Palais de the Porte-Dorée and in the laboratories of the National Museum of Natural History in Paris by a team gathered around Isabelle Domart-Coulon.

The second act takes place more than a year later, at the antipodes. It is in the Philippines, off Palawan, in the waters bordering the small island of Pangatalan, that experiments are continuing. This islet, bought by a French couple, has become a marine protected area and a foundation, Sulubaaï, is carrying out a vast ecological restoration work there. The purpose of the trip? Test the lace in real conditions, observe interactions with local fauna and flora, evaluate the ability of the material to recruit coral larvae and regenerate colonies. Samples for this are immersed on the reef and corals are cut on the lace. The protocol also plans to work on artificial concrete reefs. In parallel, the artist worked on the design of an ecological concrete.

"You know that cement production generates 5% of greenhouse gas emissions on the planet?" In the spring of 2019, he implemented it in the literal sense of the term at the Dourven Gallery. mouth of the bay of Lannion, immersing in aquariums five sculptures where anemones have settled.

In less than two years, his work on coral, which bears the name "Coral Artefact", has become a global project and a company - Coral Artefact SAS. "This project, I dreamed like a sculpture, every square centimeter would be worked and consistent." Jérémy Gobé develops an environmental education program, is interested in biodegradable plastic and polymers of plant origin, plans to create a studio to share its expertise on green materials. "I am very surprised that the art world has not taken on ecological issues anymore. When I do a work, I do not have to wonder about its profitability. I therefore have complete freedom to test more environmentally friendly materials, taking into account the source of resources. It just takes time. However, few artists do it. "He has this ecological consciousness woven into the body, a scientific look at nature and its biological cycles, an interest in research protocols. "It may surprise some, but it's for me the most classic vision of the artist, someone who walks in various fields to create. No one is surprised that Vinci painted the Mona Lisa, made dissections and designed machines. "

After a bachelor's degree in science, he attended a year of architecture school where a student told him about fine arts. "I had never heard of it before!" He is from a family of military, parents gendarmes sent on a mission abroad and moves to France over the changes. "I drew all the time. When I arrived at the Beaux-Arts in Nancy, I was like Harry Patter at Hogwarts! "He goes on brilliantly with the National School of Decorative Arts in Paris, graduated in 2011, collects prices and residencies. "I really wanted to be an artist." Jérémy Gobé defends himself from being an "eco-friendly" and militant artist, does not recognize himself in an activist art that would only support messages and neglect aesthetics. Everything must be born of works and art remains the engine of his projects.

"Nature is for me the greatest artist in the universe. And it's a powerful source of inspiration. But a landscape will not make me want to work with her, to confront me. "Once, nature has blown works. It was during a residency in 2016 in the Miami Bay where birds, iguanas and giant palm leaves scared her. The series is entitled "The imagination of nature scares me". Nature, he tries to understand it first. "It fascinates me intellectually for its accumulation of efforts and its virtuous cycles. It also fascinates me from a formal point of view by its highly organized side, this relationship between function and aesthetics. That's also why I love crafts and industry. "Jérémy Gobé has always been interested in artisanal gestures, even making links between the collapse of biodiversity and the loss of know-how in our country. global society. He went to meet workers in textile factories in the east of France in the process of closing, worked felt or cotton to testify of their difficult trades. One must have seen his exhibition "Monuments to the hands", awarded with the Bullukian prize in 2011, composed of magnificent textile sculptures. The president of the jury wrote about him: "The work of Jeremy is [...] the exact reflection of his personality: sensitive, intelligent, flamboyant, but modest, rooted and deep."

Fanny Robin, artistic director of the Bullukian Foundation, has been following him since its inception. "He is a very unifying artist and full of energy that builds confidence, understands people, embarks on his projects. He carries utopias, tells us: "We will change the world!" It's a contemporary art close to everyday life. "Jérémy is still in action, his brain boiling and seeking independence. He will soon begin a thesis on the issue of biomimicry. "Making a building inspired by nature is good. But for me, the true biomimicry is to be inspired to preserve it, not only to have more powerful objects. It's about giving back your rights to nature. "

Coral Artefact will continue its journey "My vision is not to produce all the lace in France to send it all over the world, but to develop it with local resources, to create employment on the spot when the Reef protection goes through marine reserves and the ban on fishing. Why not use banana fiber in the Philippines ... "Yet the essence of his creations is not in the art. They are like totems, witnesses of every encounter. They are born of a rapture of the eye, a transformation of matter, beauty and poetry. "An art that has life does not reproduce the past, it continues," wrote Auguste Rodin. I did not find a better definition of the work of Jérémy Gobé.

Philippe Vouillon

Terre Sauvage n°370, novembre 2019.

Talk about art with Jérémy Gobé

 

Jérémy Gobé is a thirty-year-old artist who studied at the National School of Art and Design in Nancy and then at the Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs in Paris. He has been recognized in the arts community for many years (he was a finalist for the Icart Award and winner of the Bullukian Prize in 2011), but he has also recently become known to a wider audience thanks to an ecological art project that has sparked many articles in newspapers like Le Monde or Les Echos. We take advantage of this interview to question him on the way he considers the aims of art, the role of the artist and the place of the viewer in our time.

 

Orianne Castel: You present until November 3 at the Abbey of Saint-Florent-Le-Vieil in Mauges-sur-Loire a version of your work entitled The freedom guiding wool that summarizes many elements specific to your practice. Could you describe it in a few words to start our conversation?

 

Jérémy Gobé: The piece La liberté guiding the wool is an installation made of jacquard knit. I became interested in this topic when I was working on coral. The visual resemblance between the shape of some corals and the jacquard pattern struck me and made me want to learn knitting. I immediately bought a knitting machine but, by informing me about the history of the Jacquard family, I learned on the one hand that the first French workers strike had taken place in a jacquard factory and on the other hand there was no longer any factory of this type in France because all had been relocated abroad. I also discovered that many social movements currently take place in these factories located outside France, showing that by exporting our know-how we have also relocated our social struggles. This phenomenon appealed to me and made me want to give a larger scale to my initial project. So I made sure to revive the production of jacquard knitwear on the historical site of Clamart to manufacture a large amount of fabrics for my installation that I wanted monumental, at the height of the stakes raised by this story. Its title Freedom guiding the wool echoes the form of the work in which the knitting is stretched by invisible wooden cleats that symbolize the raised fists and bayonets of Delacroix's famous painting Freedom guiding the people.

 

OC: So, this work, eminently social, comes from a taste for a material, you said several times to be attached to the aesthetic dimension of this piece; we could answer you that the appreciation of beauty is relative. Do you share this opinion or do you think that there is a form of beauty that everyone accepts without any need for awareness?

 

JG: I'm not sure I know the exact definition of these notions but I would say that, if beauty is indeed relative to everyone, this questioning about what beauty I include in my work provokes a reflection on the beauty that is universal. As far as I'm concerned, the beauty of a work lies in the philosophy of the project that gave it birth, in the message it carries, but it is important that it is also beautiful in appearance. I often take the example of a cake that would be presented in the middle of other cakes; some people will choose it because it is beautiful, others will cut it to see the different layers that constitute it and it is from this exploration, this knowledge, that they will decide to choose it. And you have to be able to reach both types of audience. Art, in my opinion, is an incessant ping-pong between the conceptual aspect and the aesthetic dimension.

 

OC: Regarding the reception, you mention the tactile aspect of your work. The philosopher Jacques Rancière asserts that the participative dimension of art is based on a biased conception of the presumed passive spectator. Do you think, on the contrary, that it is necessary to encourage him to interact physically with the work so that the aesthetic shock operates?

 

JG: Indeed, I have at heart to create a maximum of works open to this dimension. All works obviously can not be offered to the public. I happened to work with a white fabric of the Vosges whose fragility did not allow a tactile approach for example but I try to make sure that at least half of my production is. I simply wish to abolish the distance between the work and the spectators because this physical barrier contributes to the distancing of a certain public based this time on social criteria. To give the impression that the work is a treasure is to exclude some of the people that this work might have interested. Just see the number who do not dare to enter the galleries because of the prestige associated with these places. And then, to allow the touch is also to militate for the rehabilitation of a certain confidence. I often take the example of a mural by Keith Haring in Chicago. It is never monitored and could therefore be damaged, but in reality it is the inhabitants of the city who restore it themselves. This story proves that the public is able to recognize and appreciate the work done. In the same way, he is sensitive to the quality of the materials that the artist proposes to him as the wool which has properties beneficial for the body recognized scientifically.

 

OC: Yes, you are claiming some work. This requirement seems to be based (like that of beauty and use of familiar materials) on a desire to interest an audience a priori remote from contemporary art. What do you think of the notion, very present in art theory, of talent?

 

JG: It's a complex question. I would say that talent is an advantage of time but that, in any case, talent is nothing without work. The only real talent in my opinion is to believe in yourself. I am convinced that all techniques can be learned by surrounding good people, and I would even say that the talent may lie in this ability to surround yourself well. Talent in terms of technical mastery can be a trap. Too much skill in a field risks locking the artist into a know-how and preventing him from asking the right questions. For me, the materials and techniques used must be determined by the philosophy of the project. I always ask myself the question "Do the choices I make comply with the original idea of ​​the project? ". There are, of course, compromises to be made, time or budget constraints to be respected, but they must not lead to decisions that would be in contradiction with the initial project. It is necessary not to be distracted from the original philosophy and that is why, in my opinion, the talent is to surround oneself with people who share the same state of mind, people whose way to think works like a mirror of our own creation.

 

OC: To come to philosophy, your work accounts for the disappearance of a know-how and denounces the loss of meaning in the lives of the people who held it. Many current works testify to the changes of our time. Do not you fear that today's art will convey an idealized vision of what may have been the past?

 

JG: As far as I'm concerned, I do not believe because precisely I'm not in a process of denunciation. Activist art does not interest me. Generally, I do not think it's the role of the art of denouncing. For me, it's about being active through creation. In the artistic field, we have the luxury of dreaming, we are much less constrained than industries or commercial companies for example. We are not subject to the rules of efficiency or profitability. We can therefore afford to propose a new vision, independent of the realities that weigh on all other trades. This freedom possessed by the artist must be a spring for action and not for denunciation. Moreover, I do not believe that things were better before and I do not wish to under any circumstances highlight a particular time. On the other hand, I want to make the connection between the past and the present. I am optimistic about the future, but I am convinced that if we want tomorrow to be better than yesterday, we must learn from the past. My work does not belong to the idealization of earlier times; I just want to show how they can inspire the society of the future.

 

OC: Speaking of the future, this work also carries an ecological concern that is played out in the use of recycled materials from French companies. Many artists of your generation are wondering where the materials they use come from. Do not you think that these considerations can lead to a "nationalization" of art?

 

JG: This is an interesting question that I would open to a broader question: how to define an identity? I am young but I have the impression that, on this question, our society stops at the surface of the subject. In my opinion, today's chauvinism corresponds to a deep need of citizens to find a national identity. Now, it seems to me that this identity can only be experienced in otherness. It is built by adhesion but also by opposition to the difference. Today, we put forward our national identity but we do not go to meet other cultures that would allow us to experience it symbols. It seems to me that we have lost the link between the flag and the human rights values ​​it carries. French identity is linked to openness, which is why I think it is important to think simultaneously about eating locally and inventing non-polluting means of transport to keep in contact with other civilizations. We can be proud of our country while recognizing other countries their own wealth. This is not incompatible and I regret that the current debate is biased.

 

OC: You prescribe an ethical art. Do you think that this domain has the means of the ambitions that you lend it? Are you sure that this discipline can repair the social injustices or the damage done to the planet? Do you not fear, in assigning this task, to reduce it to the role of palliative, to an aesthetic way of accompanying the ends?

 

JG: In my opinion, the art we call contemporary is the art of our time and, in this sense, it must be a reflection of our time in the same way that the art of the past eras illustrates the ways of living in Canada. these periods. Therefore, it seems to me impossible to ignore ecological and social problems even as we live this climate change and we have seen this movement of yellow vests appear. Personally, I find that missing out on these issues would be an untenable position and that's why I use virtuous materials. I understand that the totality of the artists does not engage on this point because the statute of artist is generally precarious and that they are often obliged to palliate to the most urgent one that is to say to materialize their creative impulse. If the role of the artist in society was better defined, it would probably be different but, in my case, it would make no sense to produce works without questioning the subject that constitutes them and the way of conceiving them. It would not be full-fledged works because there would be a break in meaning between the background and the form. Of course, the notion of truth in art has no reason to be; the work can play the register of fiction but the message must be sincere and, to be fair, the entire work must be consistent with this message.

Orianne Castel

Art Critique, 25 septembre 2019.

 

 

The house burns and Jeremy Gobé does not look elsewhere.

 


This 32-year-old artist is in lace. To help raise awareness of environmental issues, Jérémy Gobé brings together endangered natural elements, such as coral, and old industrial know-how that are on the way to extinction.

Like some of his elders. like Olafur Eliasson or Mark Dion. the 32-year-old French artist is very interested in ecology. In a dazzling rapprochement, he tackles global warming as the issue of relocations. intermingling of corals and loss of industrial know-how. The visual artist exposes its organic and proliferating forms, sinuous sculptures in knit that invade space like climbing plants, until January 6, 2019 at the Bargoin Museum, in Clermont-Ferrand. His work is also presented in "Soft Power" at the Transpalette in Bourges. Art has always been a struggle for this young man from a military family. As a teenager seeking his way, Jérémy Gobé admits his artistic passion to his guidance counselor, who directs him to ... painting in the building. Other tips. more informed. will direct the young bachelor to architecture at the National School of Art and Design of Nancy, where he makes his scales, three years, before joining Paris and Arts Déco. Curious about everything, the student Gobé tries all techniques to finally focus on textile sculpture. Art for the art, very little for him Jérémy Gobé, a dreamer, remains anchored in society, influenced by a seamstress grandmother, and seeks to rediscover the artisan's gesture.

Jacquard, in particular, is not obsolete in his eyes. The blast furnaces of his native Lorraine are dying out one after the other, the textile economy is losing momentum, but Jérémy Gobé does not intend to forget this story. Still a student, in 2009, he brings back kilometers of fabrics from a cotton factory just a stone's throw from your closure. And decides to make it the living material of his first sculptures. The workers were attached to their jobs, but also to their know-how, he says. They figured that through a young artist their story would continue. For him, no question of receiving without giving back "I grew up in a middle of workers. I had to reintroduce this notion of effort into art. If you want to reach a wide audience, you have to find a common language with the workers, the craftsmen, the employees. Understand what they are doing to create a virtuous circle. "

Eight years ago, another object, less social than ecological, began to haunt him. At Emmaus, he buys corals, inspired by their sinuous forms for his sculptures. An aesthetic shock, he recalls. Coral barriers, he learns, contain 25% of marine biodiversity and serve as a bulwark for tsunamis. They are as important to the oceans as the Amazonian forest for our oxygen and are also affected by global warming and pollution, which precipitates their extinction. In the brain of Jérémy Gobé, the data are telescoping, the state of the coral and that of the French industrial fabric demand the same help. He then came up with the idea of ​​the "Coral Artefact" project to save the corals - and the planet! - with lace, whose point looks very much like .. the skeleton of coral. Wacky? Not for scientists. Isabelle Domart-Coulon, a researcher at the National Museum of Natural History, takes the project seriously. For thirty years, marine biologists have been experimenting with concrete and steel cages as tutors to promote coral cuttings. In vain. So, why not use the lace, rough enough to support the catch, transparent enough to facilitate photosynthesis and whose biomimicry with the coral is screaming? With this delicate idea that coral will like to develop on what looks like it. The hypothesis is plausible. And time is running out. Gobé is getting closer to Scop Fontanille, in Puy en Velay, which avoided the closure thanks to the voluntarism of its employees. Together, workers and scientists are thinking about how to create this revolutionary lace. Jérémy Gobé, he doubles this crazy scientific adventure with his artistic intuition.

The young man does not intend to stop in such a good way. With his gallerist, Odile Ouizeman, he set up an endowment fund for his collectors to participate in his projects. With the idea, ultimately, to support other initiatives mixing art and science "Whatever happens, hopes the artist, we sensitized people, creates a dynamic and even jobs. we planted a seed that will yield other fruits. "

 

Roxana Azimi

M, the magazine of Le Monde, December 25, 2018.

 

 

Earth silk

Jérémy Gobé is a tightrope sculptor and it is our opportunity to follow him along
his delicate wire: the exhibition of his works is currently taking place at the Filatoio Rosso de Caraglio, Terra di Seta is about to reaffirm this link that the young artist maintains with the wire – here it will be silk, of course – and its material extensions.
The site, an old factory for industrial silk production, that became a museum and art center a few decades ago, is imposing with its sturdy and traditional architecture; it is also a place steeped in history, the great and the small, those of these men and women, laborers from the spinning mill of Caraglio.
The premises of Jérémy Gobé fit in very naturally with this place of “whispering
walls”: already, his Liberté guidant la laine, a work that is now an enduring fixture at the Filatoio made the struggles resonate… red, fist and hands bound, raised, magnified by the magic of a giant sprawling tapestry, a true monument to the glory of the work of men, of hands and of dreams, the laborers and the artists.

From the outset, the video Navette sets the tone: the lines, the rhythm of the lights, the shadow effect, the speed of the passages of this Navette, that of the profession to be woven, evolve into dizzying abstractions. A metaphor spun certainly, of what art is and its conduct among nature and its matter, the confiteor of the artist claiming the most esteemed metamorphoses to compel the spectator to reflect and to meditate on the time that passes and the human condition. As proof (his) Torsion produced by the extreme winding of 40 meters of silk curtains, the length of the exhibition’s route. To see then, according to the point of view, the silky hair of the blonde Venus Anadyomene or the desperately contracted muscles of a few Laocoon and other Slaves from the history of art…

400,000 cocoons will especially grab hold of the visitor: 400,000 cocoons delicately arranged for this monument to silk, a hymn to the joy of living as it were, the joy of seeing and of dreaming. We know that the unwound thread of the cocoon measures approximately 1,000 meters, the artist therefore has 400,000 kilometers of silk thread, the ones that he precisely needed to get us to travel the distance from the earth to the moon.
Eurêka is a continuation of Plato’s Theory of Solids: five “perfect” polyhedra - symbolize the five elements (Fire, Air, Water, Earth and Universe), the essence and source of all things according to the philosopher. Each of the pieces here is presented as enveloped and draped in silk, as if suspended between sky and earth, say between floor and ceiling: geometric fiction or tension of the oxymoron, who would decide? Because under these sensual gowns, the certainty of the angles is dulled… not “taking things into consideration” to better attempt balance and beauty, is it not with such possibilities that these forms in space suit us?
Step by step, gradually on the wire, we will respond to the invitation: dream and
reality in balance, we walk on the tenuous thickness of the day.

Sabine Barbé

Exhibition text from "TERRA DI SETA"

Atom Dance

 

"Restlessly turning around and around

I am dancing towards transformation."

Björk – Atom Dance (2015).

 

« Because nothing is created, in the operations of art, nor in those of nature, and it may be assumed that in any transaction there is an equal amount of material before and after surgery ; that the quality and quantity of the ingredients is the same, and there are only changes, modifications. "[1] In nature, living material is in constant transformation. Whether mineral, organic, plant, it grows, moves, declines, hybridizes, mute, reborn. The movements of nature create an experience of the sublime. fascination mingled with helplessness and fear, the experience of the sublime is both intense (because what we see beyond our physical viewpoint, aesthetic or moral) and ambiguous (because it refers to our human and mortal condition). Man seeks to compete with these movements, these buildings and these natural systems. The maxim of Lavoisier and the notion of the sublime found a significant echo in the work of Jeremy Gobé. Nature is indeed a fascination pole in its carved and drawn out. Since abhors a vacuum, it sets up different strategies to deploy, colonize and transform not only materials, but also space. Jeremy Gobe seizes these devices by choosing materials and precise gestures. Thus, material, natural or artificial, is constantly subjected to movement and a change of state. The works open passages between different territories since Jeremy Gobé juggles both with the sciences (mathematics, chemistry, physics, biology), the specific know-how (artisanal and industrial) and sociology. Liberty Leading the wool is a site-specific installation created in collaboration with the workshop Mesh Emma (Clamart). A red wool jacket and white knitted fully grasps the exhibition space has a new face. Covered with a motif, that of a red cross surrounded by a white square, it appears to us as a mutant and changing entity that deploys a sprawling manner along the walls. Under the envelope, other companies are trying to extract and draw the knitted material.
The sculptures come in part from the meeting with a household item: a desk, a dilapidated furniture found on the way to the studio, a chair, a mirror, a table or a door. Wooden objects, damaged and abandoned, are harvested in its direct environment, he did not seek specifically, they manage it. A long process of appropriation of this furniture and these rough objects into place. With the desire to "help the material," Jeremy Gobé makes them coexist with a material that is foreign to them : wool, corals, plaster, plastic plugs, porcelain, felt, concrete. They hold his attention for their aesthetic qualities, their malleability, but also their history. They can be the vector of singular encounters. Concerned about the fading of the industrial and commercial sector in France, the artist goes to meet workers whose businesses have closed. Thus he builds relationships with men and women damaged by the violence of these closures. Individuals who, for the most part, have dedicated their lives to their work. He attaches particular interest to the textile industry and harvesting, from factory to factory, the ruins of its past activity. fabric falls and coils of wire that carry a story, a shared trauma. The materials (wool, felt, cotton) are aggregated to furniture and objects also recovered. The material sets up as a fungus acting both as a dressing or a disease. Jeremy Gobé plays dichotomies patiently giving shape to unreleased body, beautiful and monstrous. Transplants result from a sign protocol where repetition and exhaustion are required. He folds, spades, rolls, knotted textile materials for months or even years. The repetition of gestures is deeply inscribed in the context of the working class which it manufactures a transcended memory. The sculptures and drawings are laborious process of fruits guided by an aesthetic vision, poetic and political. Rescuing objects and textile materials whose production is stopped, Jeremy Gobé heals and repairs individual and collective memory, private and public. It surpasses the injury and abandonment to give life to new entities, exciting and strange, governed by a life force.

[1] LAVOISIER, Antoine. Traité Elémentaire de Chimie, 1789.

 

Julie Crenn

Exhibition text from "Atom dance"

A day's pleasure

In relative obscurity, there is the chair and she is alone. I's her, this time, that was winning from who planned to use her. Chaplin, in other times, would be freed her in the fall overboard like in the the film A Day's Pleasure. But who never hard against a folding deck chair that is never truly grasp the ease of use ? The French artist Jeremy Gobé, in collaboration with Christian Laroche, decided to accept her vagaries and finally releasing its users or potential users obstinate. Finally alone, she performs under the light that magnifies her. When silence is broken only by the sounds inherent in its swings. Without any human, she lost her use value exactly when she did work of hier autonomy. Freed from the weight constrained, she even seems to escape any form of gravity. The extreme flexibility of her undulations meet machinic counterweight that drive her. When she is only lightness and flexibility. And that the fabric of her sails flapping in the wind of his movements that appear to us completely unpredictable. Her non predictability constituting the essential quality that it never loses. What time of a scene, exasperated to the highest degree the character of Chaplin, today is therefore implemented. Modern times as being those of the liberation of objects, constantly, to empower more. At the risk sometimes to exasperate us even when they finally compel us. Unless give as does Chaplin in 1919 to disconnect if indeed one can still do it. And this is perhaps the critical part of the work of Jérémy Gobé robotic art piece which encourages us to let go of that fear business of predictability. The recliner that will perform during the Nuit Blanche 2016 is neither master nor slave.

Dominique Moulon

Media Art Design Blog

Meet the Artist

Sculptor of Memories

 

Living, listening, feeling to generate and shape ideas. This is what is at the heart of Jérémy Gobé’s work, the 30 years old artist who defines himself as a sculptor. Jérémy models his ideas, and with wool, fabric, plaster, coral or a digital image he creates something that invades space and imposes itself to the viewer in a striking manner.​ Strung tightly over an old piece of timeworn furniture, given to him or found in the aisles of some charity shop, a textile form appears, that reveals the poetic nature of the abandoned object. A chair disappears and Charlie Chaplin appears as the choreographer of that empty space. A jacquard pattern reveals aspects of the tragic dimensions of industrial history.

Jeremy discovers and unveils as he conquers space with matter. His art is instinctive. “Adaptability is part of an artist’s identity", he says, and it’s as an artist that he works on his creations-polymorphous works he is continuously developing. At the beginning, coral is a dead fragment that comes back to life, then it is the work of the human hand through geometric shapes and it will maybe ultimately become a living sculpture? it is something to live and experience.

ndeed, Jeremy works within a protocol : “There is a lot of creativity in science", he says ; in truth, he multiplies experiences in his work and also drawings, which like mathematical formulas give a global view of his ideas. Creation is ever present in the permanent fight he wages against automatisms. His works are created in his workshop, before tracing their own way and weaving relations with the people who will see them in other environments.​​

Cannelle Peulot

Atelier 27, in partnership with DRM Gllery

The world according to Jérémy Gobé

 

The artist is the perfect illustration of a new approach of the contemporary art which invests the field of traditional craft and technics in which it restores a certain poetry.

 

For Jérémy, everything comes from meeting and stories which bring him to create a work/witness. He gleans objects here or there - furniture, mirrors, chairs, corals - which he transforms by the addition of clothes, china, fabrics, ankles of construction, knitting... The only watchwords are the discovery and the fate. He does not define itself thus by a medium, but rather by this desire to transmit, to be interested in techniques and in endangered. Studying in the fine arts School of Nancy, he discovers one day the produced meters of a felt factory who soon to be closed. Jérémy is affected, curious also to know by himself these terrible social difficulties associated with the plant closure usually relieved by the media. Then, he goes to meet workers who are surprised with the interest of this young man who is neither a journalist, nor a politician. They show him machines, gestures and offer him the falls of felt which will have no more destination. And now Jérémy sews them, reproduces gestures, treats these felt as skins, relics and that they become this Monument to hands as he baptized him. You would not should perceive any nostalgia there, because "things cannot continue without change". He pays tribute. "I take a forgotten technic to ask new questions." He bring back life to abandoned artefacts.

 

"Inanimate objects, do you have a soul ? "

 

This is the way he look after the soul of these inanimate objects, this is the way he repairs and bandages the wounds of this furniture abandoned to create " poetic Harmonies ", to paraphrase Lamartine. He recovers them partially with the same raw obsession as Judith Scott who rolls up her woolen thread around objects of her everyday life to create cocoons of which some hopes could be reborn. Jérémy, him, does not hide. He creates hybrid structures inspired by organic forms, rolls up fabrics which he folds and holds with needles, the whole between strength and tension.

This repetitive work frees the thought and lets the hand take control. The work becomes a freeze frame congealing a process of proliferation which would be infinite, slow and inexorable. Oxymorons crowd to speak about his work: fragile strength, powerful delicacy, monumental lightness, massive fluidity… Finally, so many attempts to describe the artist himself, in the stature of rugby player softened by this naïve look of the child which believes in the impossible. He looks for the overtaking - " That's it which is fun, to touch the limits of the acceptable " - and the challenge of the sportsman which produces a notorious physical effort. In the same way, " we have to feel the sweat, the effort, to ask ourselves the question of the number of the last hours or the number of used pins ", he has fun for the anecdote, without looking for the technical exploit. We remain fascinated in front of such a show. He touched the immoderation, like that was for the installation Coral Restoration, exposed in the Palace of Tokyo in 2012, when he extends the outlines of a red coral with more than 300 000 ankles of construction, or with The Freedom guiding the wool, presented in Miami, invading a whole knitting room with a Jacquard pattern loom. But jérémy wants to avoid the seduction, the automatisms and the self-satisfaction. " More time goes by, more I would like that every work has not one square centimeter which is not thought, which is not a choice. Something brings the ambiguity and the paradox. " The beauty is important, but she does not have to be an end in itself. I want that people feel the beauty so that secondly the spectator asks himself the question of what there is behind. " The titles of the works are so many indications and keys for reading: Prison of alive strength - Door. Fabric of Vosges offered by the employees of a textile factory closed today and broken furniture ; Four Chair, Grandma. Abandonned clothes and chairs found in the street; the address. Felt falls offered by the employees of a factory closed today. Jérémy Gobé, engaged artist ? In a way, yes: " I think that it is necessary to have a personal ethic and to be guided by the idea. Then, I shall never make a work with a direct message because the most important is to show the way the work is born, produce, …"

It is necessary to read between the lines and not to stop in the illusion of the surface, in the sensation of the material... Jérémy restores a value in " the intelligence of the hand ".

Stéphanie Pioda

La Gazette Drouot, april 2016

Objects story

At the time of appropriating objects removed from their first function (a table, a mirror, or a door), Jérémy Gobé has no precise sculptural project in head. He gets back simply materials in which he thinks he can restore a new sense by

transforming them, by recovering them, and by taking them as starting point of a new history to be invented. The social dimension of the work of Jérémy Gobé is determining: meetings are very often at the origin of the choice of objects, materials, and techniques. The motive for the

discussion and the nature of the exchange have incidences on the production of the work built around the relation. [...]

The exgrowth sculptured on the object takes an organic shape. The spectator has almost no indication to understand the learned balance which allows to make it hold. Fruit of a laborious and patient work, the shaping of the material joins in a long temporality given rhythm by repetitive gestures. Become sculpture, the bandoned object arouses again the interest of the look, exercises an attraction power, and causes reactions. The utilitarian character of every thing fades for the benefit of constructions without the beginning

nor at the end, escaping any technical definition, and the labyrinthine structure of which we cannot re-develop mentally.

 

Gwilherm Perthuis

Art critic, editor-in-chief of the newspaper Hippocampe

Coral Restoration

The human work and the gestures which he establishes are the point common to all the creations of Jérémy Gobé. The artist often extends natural elements - sea urchins, butterflies, corals- by manual biases - knitting, drawing, sculpture - to create objects hybrid and full of poetry.

His projects begin from multiple and fortuitous meetings, his works taking shape according to what he finds on his way, abandoned fabrics or items of lost property, which he gives a certain nobility.

 

Coral, restoration is a long-term project in the multiple cases, within the framework of which Jérémy Gobé works from corals. For Meltem, the artist imagines a piece of red coral which, helped by ankles of construction site of the same color, becomes an intrusive body for the space of the

High Gallery. This proliferation mixing natural and manufactured substances appears as a threat in the exhibition, the invasion of the alive, leaving of a wooden table to finish its route on paving stones of grey marble.

Catherine Strasser and Daria de Beauvais

curators of Meltem, Palais de Tokyo, 

March 2013

What it remains after the bankruptcy

Here the bankruptcy took place. Here it is Mouzon. The place is important, the address is important. It is necessary to locate before listening to speaking. To Mouzon, in the Ardennes, there was a factory which made of the felt-tip. In great quantities because we can make everything with the felt-tip. It is the voice, hardly articulated sometimes, that says it. The face comes from the voice and from the images of the from now on neglected factory, where cracked walls compete with broken windows, machines as a matter of fact, and memories of soft material. What went bankrupt, because of a relocation as it is half learnt word, it is a knowledge, a labor culture, but also certain paternalistic relationship between workers and bosses, a way of working and of living the work. Bankruptcy in the sense that cracked, as Fitzgerald yesterday, that cracked and so hope well and have well, lives the memories says the one who shows. We say felt fall, and whatever what is what is sculptured from it, what pursues the material and knit a continuous time, we thus observe, something who fell of somewhere.

Marie Richeux

No need to screem, France Culture

Jérémy Gobé’s alive fabrics

Organic, harmonious and accurate at the same time, Jérémy Gobé’s sculptures make the material be reborn. Born in 1986, this young artist, awarded a diploma by the School of the Decorative arts of Paris, won several prizes in 2011 of which that of the Foundation Bullukian. This award opens him the doors of its first personal exhibition, entitled

Monument to Hands, to foundation of Lyon.

 

The work of Jérémy Gobé is set up according to a process of life, at the same time human and material. Indeed, his creations are born according to the meetings which he makes, in the course of which he gets a history to tell it otherwise or

holds a material to make it relive. This approach, turning around the collected object and around the other one, is often coupled with a learning of a technique, which urges him to question ceaselessly its own practice. Through a mainly

textile work, he treats, sculpture, sublimates the fabric to restore it a certain nobility. Such is the ambition of the exhibition Monument to Hands.

A common weaving

 

During his residence to the foundation, the artist went to meet inhabitants, plant workers of textiles and searched for the object to be revealed. At the end of this wandering, he made a case of fabric for his finds and transplanted it, sometimes, the history of people as with the room The promise. The sculpture, made by white sons, winds on the ground on both sides of the wall. His stalks, of irregular and organic forms, let escape the extremities of colors and different materials. This sublayer is the heart of the work and contain clothes given by inhabitants of Lyon to the artist, to resuscitate them. In its new envelope, the fabric waves but keeps its memory, whereas it looks like an exgrowth in the work Mirror. 

The artist decides to appropriate the object, discovered in the workshop of the foundation, and to extend him thanks to a meticulous assembly of fabric, resulting from factories Vosges. Kind of tribute to the former employees, the room becomes the demonstration of a complex craft. The fluidity of lines confers a silky aspect, in spite of the abrasive side appropriate to this material, that we find in the sculpture Four hands. This creation results from an exchange with the

artist Simone Pheuplin, where from the title of the work. Fascinated by the work of the latter, Jérémy Gobé is going to end one of his sculptures. The result offers an abstract landscape made by roundings and by waves, becoming witness of the hybridization of both artistic methods. Coral

of clothes, proliferation on wood or gleaming exgrowth, the fabric seems alive and create an almost marine atmosphere. Without ever distorting it, Jérémy Gobé makes of this material a link between past and the present through an exhibition where the esthetics of the fiber creates a new visual experience.

 

Charline Corubolo

Hétéroclite, february 2013

The folds of time and of the alive

 

According to the humor, the point of view, the distance, Jérémy Gobé's main entrance, meander of fabrics wrinkled, rolled up on themselves and hung on an old door, can appear as a simply esthetic or a little bit monstrous, unstable, disturbing work. The same ambigües sensations are born in the view of its rolling-ups of fabric overflowing with a mirror. There is obviously something organic and of strange in these "sculptures" of the young artist (been born in 1986 in Cambrai, living in Paris and prize-winner of the biennial price Bullukian on 2011), behind their aspect at first a little bit ornamental and " licked well ". Somewhere else, the works go as far as proliferating on the ground, locking into their woolen cocoons some clothes in charge of symbols, given by inhabitants of Lyon.

Or to continue in drawings which the artist realizes after his(her) sculptures, to think still about their strange forms, extend them somewhere else maybe …
In his work, Jérémy Gobé restores life in materials (falls of fabrics), in memoirs (those of his family or those of met people), in stories, sad sometimes, as those of textile plant closures. We so see him, on a video, executing a performance in front of one of them, twisting at the most fabric bands thirty meters long which will become at the end an ungraceful and painful sculpture. To restore life is also thought of as him by meetings with dismissed workers, unknown persons or other artists, as for this sculpture realized from an unfinished work of Simone Pheulpin.

An art of the continuation which resounds with these words of Beckett: " it is necessary to continue, I cannot continue, I am going to continue ".

Jean Emmanuel Denave

Le petit Bulletin n°696

Grain of salt

 

Jérémy Gobé is not an artist as the others. It is enough to cross the work of the prize-winner of the Bullukian price 2011, 26-year-old, to be struck by the vertiginous talent and the humanity which get free of it.
Entitled Monument to hands, his(her,its) first personal exhibition reveals an altruistic vision of the art.
" I want to give. I want to exchange, to meet, to pass on(to transmit) ", he says simply.
To do it, he gets back antiques to which he gives a new life thanks to the addition of textile material. So, on an oval mirror, he draped and wrinkled minutely - in homage to his employees - the ecru fabric found in a from now on closed factory of Vosges. The set(group) balances supernaturally. Farther, his(her,its) spirals and two-colored whirlwinds transformed the front of a door 

In monumental sculpture.

But it is its meeting with the textile artist Simone Pheulpin, been born in 1941, that is at the origin of one of the most moving sculptures of the exhibition. She offered him a sculpture which she could not end, he hemmed it of delicacy, and their wrinkled answered to the other one and create a new landscape. Extraordinary.

In another register, the plastics technician develops until February a project of sculptures from clothes given by inhabitants of Lyon. Locked into a cocoon "weaved" by the artist, each becomes a unique(only) work inhabited with memory.

Never ornamental, objects sublimated with rigor by this son of serviceman tell all a story. By setting up this Monument to hands, he definitively chose his camp: that of the freedom And of the poetry

Blandine Dauvilaire

Grain of salt

In 104, Carte blanche to young artists

 

This young artist covered elements of the CENTQUATRE of wool, but also attacked furniture Emmaüs. By knitting very colored and lively wools, he restores life in the material, while making stand these old ruined objects. Chairs, old meat safes in the wide open doors become childish and wonderful objects, distil a simple and natural enjoyment. In his wink to Delacroix, The Freedom Guiding The Wool, walls are covered with a motive red and white Jacquard loom, from which appear peaks and unexpected angles.

These aggressive forms making all the more amazing the effect of well-being resulting from this room in the shape of coral. By entering, a feeling of comfort invades us, the room is warmer than the others, the hotter also. The wool also soundproofed the place, cutting the spectator of the rumours of blower which we distinguish in the other rooms. Jérémy Gobé explains us that this silence was wanted, he reminds us Joseph Beuys's works, who recovers his works of soundproofing felt-tip. It adds to the comforting effect, all the more surprising as the shape of the room is very aggressive.

Jérémy Gobé was inspired in fact by his previous works with corals: finding something very strong in this object, he wanted to make a work of art. A certain nostalgia feels the effects in the will of the artist to make living this motive Jacquard loom of the 70s, but also a militant spirit when he becomes allied to factories on the point to close to realize his works.

 

La langue acide

april 23 2014